André-Marie Ricoux

LE PAYS INTERIEUR

Ce sont des paysages. Des plaines, des montagnes. Des falaises, des gorges. Des paysages où le ciel tourmenté hésite à rencontrer la terre pour mieux la bouleverser. Où l’air et l’eau luttent ensemble sous le regard de la lumière. De larges perspectives où notre œil se perd, noyés dans la brume et le feu.

De quel monde proviennent-ils avec leurs éléments déchainés, de quel occident, de quel orient, de quelle aube, de quel crépuscule ? L’homme y est absent, trop faible sans doute pour les affronter. Ou sans doute n’est-il pas encore né, ni même imaginé, et la nature règne ici sans partage.

A contempler ces paysages – ou plutôt il semblerait que c’est eux qui viennent vers nous comme pour nous subjuguer – on pense alors au maître de Rembrandt, le peintre et graveur Hercule Seghers, à ses vues visionnaires et fantastiques, ses vues d’un autre monde, si étrangement proches du nôtre cependant. On imagine aussi William Turner, sa palette vigoureuse faite d’orage et de lumière dressés l’un contre l’autre.

Mais peut-être est-ce vers le peintre d’origine chinoise Zao-Wou-Ki qu’il faudrait se tourner, dès lors que ciel et terre paraissent inverser leur course, prendre l’une à l’autre leurs forces pour les soulever au-delà d’elles-mêmes.

C’est aussi qu’il y a de l’élément marin dans les peintures d’André-Marie Ricoux, un fond profond d’océan cherchant sa remontée, à la fois vague, écume et flamme jetées perpétuellement à l’assaut du ciel. Mouvement sous-terrain, sous-marin émergeant en plein jour.

Et l’on comprend soudain que, mieux qu’à des paysages de la nature, nous assistons au déploiement sur la toile de paysages intérieurs, d’un pays intérieur, dont chaque tourment, chaque tempête, chaque paix retrouvée appartient à l’artiste, à cet appel des éléments cherchant à se libérer, à s’unir peut-être, mais sans jamais se confondre sous le pinceau, à cet appel où, à notre tour, nous sommes convoqués : spectacle intime et magnifique, sans cesse au bord d’on ne sait quel chaos, mais où toujours finissent par l’emporter l’ordre, la lumière et la couleur pour notre plus grande délectation.

 

Olivier Rasimi

THE INNER COUNTRY

Landscapes...from vast plains to mountains, cliffs and valleys, all coupled with a tormented sky, which momentarily hesitates to touch the earth; and in doing so, the impact of the elements, where air and water struggle under an omnipresent light drowned in mists and fire, create a perspective which seems endless.

What are the origins of these unchained elements? From which west , or which east, or which dawn or dusk are they drawn? In these desolate wild places human beings are absent, certainly too weak and too small to affront the tremendous forces of nature; or perhaps humans have simply not yet been imagined in a world where nature reigns unchallenged.

In contemplation of these landscapes, or rather where the landscapes capture and imprison our regard, we are constantly reminded of old masters such as the pupil of Rembrandt, the painter and engraver Hercle Seghers, whose visionary images of a world of fantasy are strangely close to our own.  We can equally imagine the dramatic paintings of William Turner in which the forces of nature, storm and light,  play a menacing game on our senses and perceptions.

We may equally find echoes in the works of the Chinese artist Zao Wou Ki,  where again sky and earth seem to be reversed in a turbulent struggle whereby each element attempts to overcome the other, and in doing so finally create a tempestuous harmony.

It is with these references and his relationship with the sea that the artist André Marie Ricoux plunges his sensitivity into the oceans, and thus propels the ocean depths, its waves and deep mists, into the horizons of his canvas.

Consequently, we begin to apprehend the real meaning of his landscapes. In reality, we assist in the deployment of a more interior and deeper personal landscape, an inner country.  A tormented place where each storm and ray of light belong to the artist himself.  It is in this context, and with every stroke of his brush, that the artist invites us to partake of a magnificent, yet intimate communion.  A communion where out of chaos comes natural order and we find ourselves in a place where light and color unify, leading us to a greater introspection and finally to a deeper state of satisfaction.

                                                                                                                Olivier Rasimi

Through august